Le cadavre de mon insouciance était étendu sur le sol, les yeux ouverts, le regard vitreux, perdu dans l’étendue du ciel qui s’ouvrait devant lui, peuplé d’étoiles et de néant. J’eus peur alors que ces yeux qui étaient miens ne peuvent rien voir de plus que cette étendue d’infini. Il y avait tellement plus à voir, tellement mieux aussi. Ces oreilles éteintes, et à jamais sourdes ne pourraient plus entendre ces joies dont elles n’avaient pas assez profité : cette musique, cette trame sonore qui s’étaient arrêtées sur la note mélodrame d’un dernier battement, d’un dernier cri. Tout simplement. Trop simplement. Cette peau glacée ne pourrait jamais plus faire usage du plaisir qu’elle pouvait s’accorder. Cet odorat ne pourra plus jamais sentir cette flagrance de l’amour. Je suis morte avant même de savoir la vérité sur ce monde insouciant, sur ce monde incompréhensible. Chère jeunesse perdue, chère vie abattue, qu’ais-je dont faire pour mériter cette mort précoce ? Qui aurait cru que la vie s’arrêterait ainsi ? Qui aurait cru que je reposerais là, figée dans cette mort effrayante et délicieuse? Que je mourrais ainsi, telle une simple mortelle ? Qu’adviendrait-il à cette âme qui a aimé, qui a pleuré, qui a souffert, qui a ri? Pleurez-moi, je vous pris. J’ai trop erré, j’ai trop espéré, voila où tout cela m’a mené. Je suis là, cadavre exquis, figé à jamais sous ce ciel bleu qui fut autrefois, honte à moi, la limite de ma vie.
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